Il y a environ un an, j’ai entrepris d’écrire un article sur mon arrière-arrière-grand-oncle Jacques Calo (https://maggenealogie-arbresethistoires.com/jacques-calo-ou-quand-la-presse-vient-en-aide-a-la-genealogie/). Une tâche en apparence simple, mais qui allait me mener sur un chemin inattendu. Alors que je m’enfonçais dans les méandres des archives et des moteurs de recherche, un autre nom revenait sans cesse : « Marcel Callo ». Intriguée, je découvris qu’un lycée à Redon1 portait ce nom. Qui était donc ce Marcel, et pourquoi semblait-il surgir à chaque fois que je creusais sur ma propre famille ?
Ma curiosité, éveillée comme jamais, me poussa à en savoir plus. Marcel Callo, me disait-on, était originaire d’une ville voisine de celle où avait grandi mon ancêtre. Et si ce Marcel faisait partie de ma lignée ? L’idée semblait folle, mais je décidais d’approfondir mes recherches. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsque je mis au jour un lien familial ! En remontant cinq générations, je découvris que mon ancêtre Joseph Calo avait épousé une certaine Jeanne Callo. Marcel, ce mystérieux personnage, était issu de cette branche familiale, descendant d’un frère de Jeanne. Ce n’était pas simplement un inconnu : Marcel était en réalité… mon arrière-arrière…petit-cousin.
Ma rencontre avec Marcel Callo
Je trouvais cette découverte amusante et pleine d’ironie, mais je la rangeais dans un coin de mon esprit. C’était un simple détail à méditer. Puis, l’été dernier, de passage à Rennes, le hasard me rattrapa. La cathédrale de la ville arborait en grand un portrait imposant de Marcel Callo, affiché sur tout le fronton. Je ne pouvais pas passer à côté de cette exposition dédiée à ce parent éloigné. Comment résister à l’envie d’en apprendre davantage sur cet homme qui, visiblement, avait marqué l’histoire ?

C’est ainsi que je franchis les portes de cette exposition en famille. Et là, au fil des vitrines et des récits, je découvris l’histoire extraordinaire de cet homme que je ne connaissais que de nom, mais qui appartenait bel et bien à ma famille. Une histoire de foi, de courage et de sacrifice, une histoire qui allait profondément me marquer.
Enfance de Marcel Callo
Marcel Callo naît le 6 décembre 1921, cadet d’une fratrie de neuf enfants. Ses parents avaient quitté le petit bourg de Saint Vincent sur Oust2 pour s’installer à Rennes avant sa naissance. Il grandit au sein d’une famille profondément enracinée dans la foi chrétienne. Dès son plus jeune âge, les valeurs de piété et de dévouement, rythmant la vie de ses proches, imprègnent son esprit. À seulement douze ans, il débute son apprentissage chez un typographe à Rennes3, un métier qui l’initie au monde du travail tout en exigeant discipline et rigueur. Parallèlement, un de ses frères prend une autre voie, celle du sacerdoce4, en entrant au séminaire5, renforçant ainsi l’héritage spirituel de la famille.
Très tôt, Marcel manifeste un engagement religieux profond. Il s’investit activement dans la Croisade Eucharistique6, une organisation qui sera plus tard renommée Mouvement Eucharistique des Jeunes7, et s’efforce de vivre pleinement sa devise : «Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre». Cet idéal guide ses choix de vie et nourrit son enthousiasme pour des activités collectives empreintes de foi, comme celles des Scouts de France8, où il développe un sens aigu du service et de la fraternité.
Marcel Callo entre dans la vie active, son engagement s’intensifie
Cependant, à contrecœur, Marcel quitte le scoutisme pour rejoindre la Jeunesse Ouvrière Chrétienne9 (JOC), un mouvement davantage orienté vers la transformation du monde ouvrier. Dans une époque où la classe laborieuse est largement déchristianisée, il fait le choix courageux d’y ancrer son militantisme spirituel.

Au sein de la JOC, Marcel accorde une place primordiale à la vie intérieure. Il la considère comme le fondement indispensable de toute action. Devenu président de sa section, il se donne sans compter, assumant avec ardeur une multitude de responsabilités. Sa volonté inébranlable de servir les autres et de témoigner de sa foi le conduit à s’impliquer pleinement. Il inspire ceux qui l’entourent par son énergie et son dévouement exemplaire.
Drapeau des JOC (source : archives diocésaines de rennes)
Selon les témoignages de ses proches, à cette époque, Marcel se distingue par un caractère fort et déterminé. Sa personnalité, marquée par une grande fermeté, lui permet de défendre ses convictions avec une opiniâtreté qui ne laisse personne indifférent. Cette force intérieure, alliée à son engagement spirituel, fait de lui un véritable modèle de persévérance et de foi agissante.
La vie à Rennes avant la guerre
Entre 1921 et 1936, Rennes connaît une croissance démographique soutenue. Passant de 82 000 à 98 000 habitants, la population entraîne une expansion urbaine significative. Le faubourg d’Antrain, où réside la famille Callo, marque encore la limite de la ville au nord. L’urbanisation s’étend également vers le nord-est avec l’aménagement du quartier de Maurepas, dont le parc voit le jour en 1936.
L’essor des transports et des infrastructures marque également cette période. En 1933, les premiers bus font leur apparition. Ils viennent compléter le réseau de tramways, tandis que l’électrification progresse rapidement. En effet, en 1936, 70 % des foyers sont désormais raccordés à l’électricité.
Sur le plan économique, Rennes reste avant tout une ville administrative et commerciale. Elle est solidement ancrée dans une campagne dynamique où l’enseignement joue un rôle central. Si quelques fabriques tentent d’adapter leur production aux évolutions du marché, l’activité industrielle demeure modeste. Cela laisse à la ville une identité avant tout tournée vers le tertiaire.
La vie à Rennes au début du conflit
En cette période d’entre-deux-guerres, Marcel vit tranquillement entouré de sa famille, ses amis et des jeunes gens qu’il encadre au sein de diverses associations sportives, culturelles et spirituelles.
Malheureusement, cette époque bénie sera de courte durée. En effet, un nuage noir se répand sur l’Europe, des rumeurs de guerre s’invitent dans toutes les discussions.
En septembre 1939, la nouvelle tombe, la France entre en guerre. Marcel n’a pas encore 18 ans, il n’a donc pas fait son service militaire. L’armée ne l’appelle pas au combat tout comme son père, soutient de famille, on le libère de ses obligations militaires.
Le premier choc de la guerre se manifeste avec une brutalité inouïe : l’afflux massif de réfugiés fuyant la débâcle. Début juillet 1940, on recense près de 140 000 civils venus d’autres départements en Ille-et-Vilaine10, et en mai-juin de la même année, Rennes voit sa population littéralement doubler sous le poids de cet exode.
Rennes sous les bombardements
Par la suite, l’occupation allemande, instaurée le 18 juin 1940, s’ajoute aux privations qui frappent durement les villes. Les classes populaires sont particulièrement touchées. Cependant, c’est le feu et le fracas des bombardements qui marquent Rennes d’une empreinte indélébile. Au moins quatre d’entre eux se révèlent particulièrement meurtriers et dévastateurs.

Le premier, survenu le 17 juin 1940, est d’une ampleur tragique. On compte près de 2 000 personnes tuées ou blessées sous les tirs allemands. Puis viennent les frappes alliées, infligeant à la métropole rennaise de lourdes pertes. Le 8 mars 1943, plus de 400 victimes. Le 29 mai de la même année, plus de 300. Enfin, le 8 mai 1944, c’est la commune de Bruz11 qui subit un cataclysme, et qui est presque entièrement rayée de la carte.
Rue de Nantes à Rennes bombardée le 29 mai 1943 (source : collection musée de Bretagne – Rennes)
Rennes, défigurée par la guerre, endure alors l’un des chapitres les plus sombres de son histoire.
La foi de Marcel Callo ne faiblit pas

Monseigneur Clément-Émile Roques12, archevêque de Rennes durant la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle majeur dans cette période troublée. Nommé en 1935, il se distingue par son engagement auprès de la population. Cette dernière est durement éprouvée par l’Occupation, les privations et les bombardements. Homme de foi et de compassion, il œuvre sans relâche pour venir en aide aux plus vulnérables. Il multiplie les actions de soutien aux réfugiés et aux victimes des conflits. Face aux persécutions nazies, il manifeste une opposition discrète mais résolue. Il dénonce notamment les violences infligées aux populations juives et aux résistants. Son courage et sa détermination lui valent d’être élevé au cardinalat en 1946, en reconnaissance de son dévouement envers son diocèse et son engagement en faveur de la justice et de la dignité humaine.
Monseigneur Clément-Émile Roques (source : archives diocésaines de Rennes)
Marcel, en catholique convaincu suit le modèle de cet homme et se lance lui aussi dans une forme de résistance à l’occupant. Il ne prend pas les armes mais prêche la parole de paix. Il est toujours actif parmi les jocistes et autres jeunes de la paroisse.
« Il ne faudrait pas croire que son tempérament viril de chef fut insensible. Il était au contraire comme tout âme, pur et aimante, très sensible à ce qu’on appelle des « coups durs ». Si en face de la section, il ne laissait rien paraître, il n’en n’était pas. De même dans l’intimité, quelquefois le soir après les réunions, il me confiait sa peine devant l’incompréhension ou le peu de générosité de certains gars. Apprenait-il la maladie d’un camarade, il trouvait malgré ses travaux, le temps de lui consacrer un quart d’heure d’amicale visite, dut-il sacrifier son seul moment de distraction de la semaine. Un jour, nous avions décidé d’aller voir un film particulièrement intéressant. Nous avions nos billets en poche mais à l’heure de notre rendez-vous, place Sainte-Anne, Marcel s’aperçut tout d’un coup qu’il devait voir deux malades à l’hospice de Pontchaillou13. Il renonça immédiatement au cinéma.«
Témoignage d’un jociste rapporté par le RP Jégo dans « Un exemple – Marcel Carlo 1921-1945 ».
Une éclaircie dans les ténèbres
En novembre 1941, Marcel Callo croise le chemin de Marguerite Derniaux, une militante aussi engagée que lui. Très vite, une profonde affection les unit, et Marcel tombe éperdument amoureux d’elle. Malgré la guerre qui gronde, il demeure animé d’une énergie inébranlable. Il rayonne autant dans son atelier de typographie que dans sa paroisse ou au sein de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, où il se dépense sans compter pour inspirer et guider les siens.
Juin 1943 s’annonce comme un tournant majeur de sa vie, un moment de joie et d’accomplissement. Son frère aîné, Jean, doit accéder à la prêtrise, un événement que Marcel attend avec fierté. À l’issue de sa première messe, on prévoit une autre célébration, plus intime mais tout aussi précieuse. Ses propres fiançailles avec Marguerite, scelleront leur engagement mutuel et l’espoir d’un avenir partagé.
Mais le destin, impitoyable, en décide autrement. La guerre, implacable, s’apprête à briser ces rêves naissants, bouleversant à jamais le cours de leur existence.
De mauvaises nouvelles en cascades

En plein préparatif de ces évènements heureux qui peuvent pour un temps faire oublier la guerre et les privations, un malheur frappe la famille. En effet, la sœur de Marcel, Marie-Madeleine est victime d’un des bombardements alliés le 8 mars 1943. Marcel court sur les lieux afin d’aider au déblaiement du bâtiment. Malheureusement, la dépouille de sa soeur bien-aimée git sous les décombres. Un voile noir s’abat sur la famille très soudée.
Marie-Madeleine en 1942 (source : collection Marie-Thérèse Lemesle)
Comme un malheur n’arrive jamais seul, le jour de la sépulture de la jeune fille, un courrier arrive pour Marcel, il est appelé au STO14. Le jeune homme s’y attendait bien évidement mais toute la famille est sous le choc.
Le départ au STO de Marcel Callo
Ce départ forcé est un coup de tonnerre dans sa vie. Lui, l’homme de foi, engagé dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, se retrouve face à un dilemme déchirant. Doit-il obéir aux autorités en place ou rester fidèle à ses convictions profondes ?
Le doute l’assaille. Accepter, n’est-ce pas cautionner l’effort de guerre nazi ? Refuser, n’est-ce pas mettre en péril sa famille et ses proches ? Marcel n’est pas un combattant de l’ombre. Il ne brandit pas les armes, mais il sait que sa foi est en elle-même un acte de résistance. Il finit par se résoudre à partir, mais avec une idée bien précise en tête : il ne sera pas un simple ouvrier au service du Reich, il sera un témoin du Christ au cœur même de l’oppression.

Ainsi, en mars 1943, le cœur lourd mais l’âme résolue, Marcel Callo prend le chemin de l’exil forcé. Il quitte sa famille, sa fiancée Marguerite, sa paroisse, tout ce qui fait son quotidien, pour une destination incertaine. Mais il emporte avec lui l’essentiel : sa foi inébranlable et la certitude que, même dans les ténèbres, il peut encore éclairer ceux qui l’entourent. Ce voyage, qui aurait pu n’être qu’un éloignement temporaire, marquera pourtant le début d’un calvaire dont il ne reviendra jamais.
Départ des français au STO (source : photo libre de droit)
Il aura alors à cet instant une phrase qui restera dans les mémoires :
« Ce n’est pas comme travailleur que je pars mais comme missionnaire »
Il veut rejoindre les travailleurs déjà en Allemagne afin de leur apporter la foi et l’espoir.
La jeune Marguerite est dévastée. Elle recevra plusieurs lettres de son bien-aimé qu’elle a toujours gardée.
La vie de Marcel Callo à Zella-Melhis
Arrivé en Allemagne en mars 1943 dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO), Marcel Callo est affecté à l’usine d’armement de Zella-Melhis15, en Thuringe16. Ce camp de travail est un lieu de souffrance, où les conditions de vie sont éprouvantes : journées interminables, nourriture insuffisante, logements insalubres, surveillance omniprésente. Comme tant d’autres déportés, il subit l’angoisse, l’épuisement et l’isolement. Mais pour Marcel, cette épreuve devient un combat intérieur, une manière de témoigner de sa foi au sein même de l’oppression.

Marcel Callo, un apôtre dans les ténèbres
Dès son arrivée, Marcel comprend que son rôle dépasse celui d’un simple ouvrier. Il n’est pas là pour servir l’effort de guerre nazi, mais pour soutenir ses compagnons d’infortune. Il les écoute, les réconforte, leur insuffle du courage. Chaque jour, malgré la dureté du travail, il s’efforce de garder espoir et de le partager autour de lui. Sa foi devient un refuge pour ceux qui vacillent sous la souffrance et le désespoir.
Il parvient à organiser des prières clandestines, rassemblant en secret quelques camarades chrétiens. Dans ces moments de ferveur, ils retrouvent un semblant de dignité et d’humanité, un fragile éclat de lumière au cœur de la barbarie. Mais cette ferveur ne passe pas inaperçue…
« Marcel vint à Zella-Melhis avec un contingent de jeunes bretons. […] Il était mon ami et l’ami de tous les Français du camp car il s’était attiré l’estime de tous. Il nous fut extrêmement utile du fait de son influence morale considérable sur ses camarades qu’il soutenait par son patriotisme, sa bonté et sa gaieté… Je pourrais citer d’innombrables faits sur la conduite exemplaire et sur le résistant que fut Marcel à Zella-Melhis. […] Avec un groupe de Jocistes, il réussit après bien des difficultés, à faire célébrer une première messe française dans la salle qui servait d’église catholique à Zella-Melhis. Ce fut un succès et les Français des divers camps y vinrent nombreux ainsi que des camarades des deux sexes des autres nationalités, principalement des tchèques ».
Témoignage de Maurice Gresset cité dans l’ouvrage de JB Jégo, Marcel Callo témoin du Christ
L’arrestation et la déportation
En mars 1944, après un an passé à Zella-Melhis, un traitre dénonce le jeune homme aux autorités nazies. Son crime ? « Être trop catholique ». Son engagement religieux et son influence sur ses camarades font de lui un élément suspect aux yeux du régime. Pour les nazis, un jeune homme capable de redonner de l’espoir aux opprimés est un danger.

La vie de Marcel Callo à Zella-Melhis n’aura duré qu’un an, mais cette année fut celle d’un véritable combat spirituel. Là où beaucoup n’auraient vu que souffrance et soumission, lui vit une mission : être un témoin du Christ jusqu’au bout, même au cœur de l’enfer.
Il est donc arrêté et conduit à la prison d’Erfurt.
Marcel Callo à la prison d’Erfurt
Dès son arrivée, on enferme Marcel dans une cellule froide et exiguë. Seuls les cris et les bruits sourds des sévices infligés aux prisonniers brisent le silence. Son seul contact avec l’extérieur se limite aux quelques minutes où la police nazie l’extrait de sa cellule pour l’interroger. Les agents de la Gestapo cherchent à obtenir des informations sur son réseau clandestin et son engagement religieux au sein du STO.
Marcel reste fidèle à sa foi et à ses compagnons d’infortune, refusant de trahir qui que ce soit. Ses interrogatoires se font de plus en plus brutaux, les nazis cherchant à le briser moralement et physiquement. Malgré les menaces et la pression constante, il ne renie jamais son engagement chrétien.
Les journées sont interminables. Enfermé dans l’obscurité, privé de nourriture et d’hygiène minimale, Marcel Callo, comme les autres prisonniers, doit endurer le froid glacial, la faim et l’épuisement. Les rations alimentaires se réduisent à un morceau de pain rassis et une maigre soupe, tandis que les conditions sanitaires sont désastreuses.
La solitude pèse lourdement sur lui, mais il puise son réconfort dans la prière et la méditation. À travers les murs, il tente d’échanger quelques mots avec d’autres détenus, soutenant ceux qui perdent espoir. Son rôle d’« apôtre de l’amour » ne s’arrête pas, même dans l’enfer de la prison.
Un esprit qui ne cède pas
Malgré l’oppression et la peur, Marcel reste fidèle à lui-même. Il endure les privations avec une résignation empreinte de foi. Il prie, en silence, trouvant dans sa relation à Dieu la seule lumière capable de percer l’obscurité de sa cellule. Marcel cherche aussi à soutenir moralement ses compagnons d’infortune, même si la répression impitoyable des gardiens limite les échanges.
On l’interroge, on l’intimide, mais jamais il ne renie ce qu’il est. Il sait qu’il ne sera pas libéré, que son sort est scellé, mais il refuse d’abandonner son humanité. Dans ces murs froids et impitoyables, il devient un témoin de l’espérance, prouvant que, même face à la barbarie, l’âme peut rester debout.

Le transfert vers Mauthausen17
Après plusieurs semaines d’emprisonnement à Erfurt, les allemands jugent Marcel trop dangereux pour rester en détention « classique ». Ils le transfèrent alors vers un lieu encore plus terrifiant : le camp de concentration de Mauthausen, en Autriche.
Ce départ scelle son destin. Il ne reverra jamais sa famille, ni sa fiancée Marguerite. Mais même dans la souffrance, même enchaîné et promis à une mort certaine, il avance avec la certitude que son sacrifice ne sera pas vain. À Erfurt, il a déjà tout perdu… sauf l’essentiel : sa foi inébranlable et son amour des autres.
Marcel Callo à Mauthausen : le chemin du martyre
En avril 1944, après plusieurs semaines passées dans la prison d’Erfurt, les allemands transfèrent Marcel Callo vers un lieu dont le nom incarne l’horreur absolue : Mauthausen. Il est l’un des camps de concentration les plus redoutés du régime nazi. Situé en Autriche, ce camp est une véritable machine de mort, où les prisonniers sont broyés par des conditions inhumaines, une violence extrême et un travail forcé épuisant.

Dès son arrivée, Marcel comprend qu’il entre dans l’antichambre de l’enfer. Affaibli par des mois de privations, on le propulse dans un univers de souffrance où la faim, le froid et la brutalité rythment le quotidien. On traite les prisonniers comme des sous-hommes. Ils sont battus, humiliés, poussés jusqu’aux limites de l’endurance. Mais malgré tout, Marcel ne se laisse pas briser.
Mauthausen et les marches de la mort : l’ultime barbarie
Le camp de Mauthausen, situé en Autriche, est l’un des camps de concentration les plus redoutés du régime nazi. Classé « camp de niveau III », il est destiné à l’extermination par le travail des prisonniers jugés irrécupérables par le Reich. Entre 1938 et 1945, des dizaines de milliers de déportés, notamment des résistants, des intellectuels et des ecclésiastiques, y subissent des conditions de vie inhumaines : faim, maladies, brutalité des gardiens, et travail forcé dans les carrières de granit. L’une des épreuves les plus redoutables est l’escalier de la mort, une montée de 186 marches que les prisonniers doivent gravir avec des charges de pierre insupportables, sous les coups et les cris des SS. Beaucoup y périssent d’épuisement ou par les gardiens qui les précipitent dans le vide. Cette épreuve est juste là pour les humilier jusqu’à ce que mort s’en suive car les pierres sont montées et descendues sans que cette action ne soit d’aucune utilité.
À l’approche de la défaite allemande en 1945, les nazis organisent les marches de la mort pour évacuer les camps et effacer les traces de leurs crimes. Des milliers de prisonniers, affaiblis et affamés, sont forcés de parcourir des dizaines, voire des centaines de kilomètres dans des conditions atroces. On exécute sur place quiconque chute ou ralentit. Ces marches, qui transforment les routes d’Europe en véritables cimetières à ciel ouvert, précipitent encore davantage Mauthausen dans l’horreur. Lors de la libération du camp par les Américains en mai 1945, la vision est apocalyptique : des milliers de cadavres, des survivants squelettiques, marqués à jamais par la barbarie nazie. Mauthausen reste aujourd’hui l’un des symboles les plus terrifiants de la déshumanisation orchestrée par le IIIᵉ Reich. Malheureusement, Marcel ne connaitra jamais cette libération.
Un dernier acte de foi et de fraternité
Même dans l’abîme, il reste fidèle à lui-même. Il ne cesse d’encourager ses compagnons d’infortune, leur insufflant un peu de force morale, un peu d’humanité dans un monde qui n’en a plus. Il partage son pain, son énergie, sa foi. Ceux qui l’entourent témoignent plus tard de son incroyable résilience, de son sourire fragile mais toujours présent, de ses paroles réconfortantes murmurées à ceux qui vacillent.
Mais le corps, lui, ne peut suivre indéfiniment. L’épuisement, la faim, la maladie l’assaillent jour après jour. Affaibli par les conditions extrêmes du camp, il contracte la dysenterie et la tuberculose. À mesure que son état se dégrade, il est transféré vers le bloc des infirmes, le « ravier18 » un lieu où les nazis laissent mourir ceux qui ne sont plus jugés « utiles ». Le camp de Mauthausen est un camp de travail et pas d’extermination, les personnes qui sont à l’infirmerie ne sont donc pas envoyées comme à Auschwitz19 par exemple dans les fours crématoires.

Le 19 mars 1945, à quelques semaines de la libération du camp, Marcel Callo rend son dernier souffle, à seulement 23 ans. Il meurt comme il a vécu : en témoin du Christ, en homme de foi et de fraternité, offrant jusqu’au bout ce qu’il a de plus précieux – son amour pour les autres.
« J’ai connu Marcel Callo pendant quelques heures seulement, celles qui ont précédé sa mort en mars 1945. […] Si j’ai gardé son souvenir alors que j’ai passé par plusieurs camps et que j’ai connu de nombreux prisonniers, c’est que Marcel Callo avait un regard vraiment surnaturel. […] Si moi, « parpaillot20 », qui ai vu des milliers de prisonniers mourir, j’ai été frappé par le regard de Marcel Callo, c’est qu’il y avait en lui quelque chose d’extraordinaire. Ce me fut une révélation. Son regard exprimait une conviction profonde qu’il partait vers le bonheur, C’était un acte de foi et d’espérance vers une vie meilleure. Je n’ai jamais vu chez un moribond un regard comme le sien. Je voudrais que mon témoignage constitue la pièce maîtresse du procès21 de Marcel Callo, car le garçon avait un regard de saint. »
Albert Tibodo, témoignage cité par Fañch Morvannou dans Marcel Callo, 1921-1945
Reconnaissance de la foi de Marcel Callo
En octobre 1987, a lieu le Synode des évêques sur les laïcs, organisé au Vatican. Ce rassemblement de l’Église met en lumière l’importance du rôle des fidèles laïcs dans la vie chrétienne et la mission évangélique. Marcel Callo, ouvrier et militant de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), incarne parfaitement cette vocation de sainteté dans la vie quotidienne.
La béatification de Marcel Callo a lieu le 4 octobre 1987, à Rome, sous le pontificat du pape Jean-Paul II22, au cours d’une messe solennelle célébrée sur la place Saint-Pierre23. Cet événement marque la reconnaissance officielle par l’Église catholique du martyre de ce jeune laïc breton, mort en déportation à Mauthausen en 1945 pour avoir vécu sa foi « avec trop de ferveur », selon les termes mêmes de la Gestapo24.



Photos de la béatifications de Marcel Callo par Jean-Paul II le 4 octobre 1987 (source : archives diocésaines de Rennes)
Devant une foule rassemblée sur la place Saint-Pierre, Jean-Paul II préside la messe de béatification, en présence de nombreuses personnalités religieuses et civiles, ainsi que de la famille et des proches de Marcel Callo. Des pèlerins venus de France, et notamment de Bretagne, assistent à cet événement chargé d’émotion.
Au cours de la célébration, on dévoile un portrait de Marcel Callo parmi ceux des autres bienheureux25 honorés ce jour-là. Le pape prononça une homélie26 vibrante, saluant en Marcel un exemple de fidélité chrétienne et un témoin de l’amour du Christ jusque dans l’épreuve. Il rappela que son arrestation et sa mort n’étaient pas dues à un engagement politique, mais bien à son zèle apostolique27, raison pour laquelle il était reconnu comme martyr28.
Une reconnaissance universelle
Par cette béatification, l’Église donnait à Marcel Callo un rôle de modèle pour la jeunesse chrétienne, et en particulier pour les laïcs engagés dans le monde du travail. Son témoignage de foi dans les épreuves du STO et des camps nazis devenait une source d’inspiration pour tous ceux qui cherchent à concilier leur vie professionnelle avec un engagement spirituel profond.

C’est au sein d’un groupe clandestin de l’Action catholique en Thuringe, où il continuait d’animer la foi parmi ses compagnons du Service du Travail Obligatoire (STO), que Marcel Callo fut arrêté par la Gestapo en 1944. Sa mémoire a depuis traversé les frontières, et en Autriche, où il a connu la souffrance du travail forcé, plusieurs lieux portent son nom. À Linz-Auwiesen, une paroisse lui a été dédiée, et à St. Georgen/Gusen, la municipalité a nommé une rue en son honneur, sur le site de l’ancienne usine souterraine où il a travaillé dans ses derniers mois de détention.
Marcel Callo dans les mémoires
En France, et particulièrement dans sa ville natale, Rennes, Marcel Callo est aujourd’hui une figure incontournable de la mémoire locale. Une rue, une paroisse et une école primaire portent son nom, perpétuant son héritage. Son influence dépasse les frontières bretonnes : une église à Tremblay-en-France, une école primaire à Nantes, une autre au Cannet-des-Maures (Var) et le lycée d’enseignement général, technologique et professionnel de Redon témoignent également de la reconnaissance qui lui est accordée. Une église qui porte son nom est même construite en Afrique.

Son souvenir est également honoré dans le cadre liturgique29 : il est célébré le 19 mars, jour de sa mort à Mauthausen, ainsi que le 19 avril, date de son arrestation à Zella-Melhis, dans le diocèse de Rennes.
Depuis sa béatification, un lieu permanent de mémoire lui est consacré dans l’ancienne église Saint-Aubin de Rennes, aujourd’hui élevée au rang de basilique Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, sa paroisse d’origine. Une chapelle en son honneur a également été aménagée dans l’ancienne église abbatiale Notre-Dame-en-Saint-Melaine. Son nom figure en lettres indélébiles sur le panthéon de Rennes, à l’Hôtel de Ville, rappelant ainsi aux générations futures le courage et la foi inébranlable de ce jeune ouvrier chrétien devenu martyr.
L’héritage de Marcel Callo aux générations futures
L’histoire de Marcel Callo dépasse le simple récit d’un destin individuel : elle incarne un idéal de résilience, de foi et d’altruisme face à l’oppression. Son engagement au sein de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, sa force morale inébranlable dans l’adversité, et son sacrifice ultime dans les camps nazis résonnent comme un appel à ne jamais céder à l’indifférence ni à la résignation.
Aujourd’hui, alors que l’obscurantisme, l’intolérance et les conflits continuent de fragiliser nos sociétés, son message d’amour, de paix et de fidélité aux valeurs humaines et spirituelles demeure une source d’inspiration essentielle. Son parcours nous invite à réfléchir à notre propre engagement : comment, à notre échelle, pouvons-nous défendre la dignité humaine, propager la solidarité et bâtir un monde plus juste ?
En nous souvenant de Marcel Callo, nous ne faisons pas que raviver la mémoire d’un homme : nous ravivons une flamme d’espérance, un appel à l’action. À nous, désormais, de faire en sorte que son exemple ne reste pas figé dans l’Histoire, mais continue d’éclairer l’avenir.
- Redon est une commune française, sous-préfecture du département d’Ille-et-Vilaine en région Bretagne. Avec 9 336 habitants en 2022, elle est la 14ᵉ commune d’Ille-et-Vilaine. ↩︎
- Saint-Vincent-sur-Oust est une commune française, située dans le département du Morbihan en région Bretagne. Ses habitants sont appelés les Vincentais. ↩︎
- Rennes est la préfecture de la région Bretagne, au nord-ouest de la France. Elle est connue pour ses maisons médiévales à colombages et son immense cathédrale. Le parc du Thabor dispose d’une roseraie et d’une volière. Au sud de la Vilaine, le musée des Beaux-Arts expose des œuvres de Botticelli, Rubens et Picasso. Le centre culturel des Champs Libres abrite le musée de Bretagne et l’espace des Sciences, doté d’un planétarium. ↩︎
- Dignité ou fonction du ministre de Dieu. ↩︎
- Établissement religieux où étudient les jeunes clercs qui doivent recevoir les ordres (dit aussi grand séminaire). ↩︎
- La croisade eucharistique est née en 1914 dans le but de rapprocher les enfants de l’Eucharistie, suivant ainsi l’appel du pape Pie X. ↩︎
- Le Mouvement Eucharistique des Jeunes est un mouvement éducatif catholique orienté vers la jeunesse. Il est fondé en 1962, à partir de la Croisade eucharistique et de l’Apostolat de la prière. C’est aujourd’hui la branche jeunesse du Réseau mondial de prière du pape. ↩︎
- Le scoutisme est un mouvement de jeunesse créé en 1907 par un général protestant britannique à la retraite : Robert Baden-Powell. Il repose sur l’apprentissage de valeurs, telles que la solidarité, l’entraide et le respect. Son but est d’aider le jeune individu à former son caractère et à construire sa personnalité tout en contribuant à son développement physique, mental et spirituel. ↩︎
- La Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) est une association catholique et apostolique d’éducation populaire et de formation spirituelle à destination des jeunes du milieu ouvrier, généralement considérée comme étant située à gauche, voire, dans le passé, à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Créée en Belgique en 1925 par le père Joseph Cardijn, elle est aujourd’hui ancrée dans la majorité des pays francophones et présente dans plus d’une cinquantaine de pays au total, par le biais de deux organismes internationaux : la Jeunesse ouvrière chrétienne internationale (JOCI) et la Coordination internationale des Jeunesses ouvrières chrétiennes (CIJOC). ↩︎
- L’Ille-et-Vilaine, en breton : Il-ha-Gwilen, est un département français situé en région Bretagne. Il porte le numéro 35 dans la numérotation départementale française. Il est situé dans l’est de la région Bretagne et fait partie de la Haute-Bretagne. ↩︎
- Bruz est une commune française de la région Bretagne, située dans le département d’Ille-et-Vilaine. Traditionnellement, la commune est située en Haute-Bretagne dans le Pays rennais. Chef-lieu du canton du même nom, c’est une des 43 communes de Rennes Métropole et une des 69 du Pays de Rennes. ↩︎
- Clément Émile Roques, né le 8 décembre 1880 à Graulhet (Tarn) et mort le 4 septembre 1964 à Rennes (Ille-et-Vilaine), est un cardinal français, archevêque d’Aix-en-Provence de 1934 à 1940, puis de Rennes de 1940 à 1964. ↩︎
- Aujourd’hui CHU de Rennes. ↩︎
- Les personnes réquisitionnées dans le cadre du STO étaient hébergées, accueillies dans des camps de travailleurs localisés sur le sol allemand. Il fut instauré par la loi du 16 février 1943, faisant suite au relatif échec des politiques de volontariat et du système dit de « relève », qui aboutit à la présence en 1942, de 70 000 travailleurs venus de France en Allemagne, très en deçà des exigences de l’occupant ↩︎
- Zella-Mehlis est une ville du district de Schmalkalden-Meiningen, en Thuringe, Allemagne. Elle est située dans la forêt de Thuringe, 5 km au nord de Suhl et 20 km à l’est de Meiningen. En cette ville se trouvait de 1886 à 1945 l’usine de fabrication d’armes Carl Walter GmbH, qui produisit entre autres le Walther P38. ↩︎
- La Thuringe est un Land du centre-est de l’Allemagne réputé pour ses forêts étendues parsemées de sommets montagneux et de villages médiévaux. Sa capitale Erfurt comporte une cathédrale du VIIIe siècle, la cathédrale d’Erfurt, où a été ordonné Martin Luther, ancien moine au monastère médiéval Augustinerkloster et père de la Réforme protestante. La Zitadelle Petersberg est une imposante forteresse baroque à l’extérieur de la ville. ↩︎
- Le camp de concentration de Mauthausen était un camp de concentration instauré par le régime nazi du Troisième Reich autour des villages de Mauthausen et de Sankt Georgen an der Gusen en Haute-Autriche à environ 22 km de Linz. ↩︎
- Dans le langage des camps de concentration nazis, c’était un baraquement destiné aux prisonniers malades. ↩︎
- Auschwitz est le plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich, à la fois camp de concentration et centre de mise à mort. Le camp est divisé en trois parties distinctes. ↩︎
- Protestant (mot péjoratif) ↩︎
- Une béatification n’aboutit qu’après une longue procédure (ou procès) préparatoire ; elle est mise en route par l’évêque du lieu où le serviteur de Dieu a vécu la majeure partie de sa vie d’adulte, généralement celui où il est décédé. ↩︎
- Jean-Paul II est un pape et un saint de l’Église catholique. Il a exercé la charge de souverain pontife entre son élection le 16 octobre 1978 et sa mort le 2 avril 2005. ↩︎
- La place Saint-Pierre (Piazza San Pietro en italien) est une grande esplanade, d’architecture baroque, située devant la basilique Saint-Pierre, au Vatican, dont elle constitue en quelque sorte le parvis, présentant sa façade sur son côté ouest. C’est là que se tient la foule lors des grandes fêtes religieuses célébrées par le pape, comme la bénédiction Urbi et orbi. ↩︎
- La Gestapo était la police politique de l’État nazi. Le mot est une abréviation de son nom allemand officiel, « Geheime Staatspolizei », dont la traduction littérale est « police secrète d’État ». ↩︎
- Bienheureux ou bienheureuse est un titre conféré par l’Église catholique à une personne défunte, en raison des actes qu’elle a accomplis au cours de sa vie ou d’un sacrifice. La procédure visant à reconnaître ce statut est la béatification. ↩︎
- Discours simple prononcé au cours de la messe. ↩︎
- Relatif aux apôtres ; qui vient d’eux. ↩︎
- Personne qui a souffert, a été mise à mort pour avoir refusé d’abjurer sa foi, sa religion. ↩︎
- Le mot liturgie désigne l’ensemble des rites, cérémonies et prières dédiés au culte d’une ou plusieurs divinités, tels qu’ils sont définis selon les règles éventuellement codifiées dans des textes sacrés ou une tradition. ↩︎








Toujours passionnant.
C’est incroyable que Marcel CALLO soit de notre famille,quel courage il a pu avoir pour supporter tant de souffrances et de méchancetés .bravo pour tes recherches
Bravo, félicitations pour ce nouveau récit.
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