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L’énigmatique Pelet de Lautrec

Pour cet article consacré à une disparition mystérieuse, j’ai choisi de vous parler du comte Michel Adolphe Pelet de Lautrec. Ce personnage singulier a vécu au château de Briord1, situé à Port-Saint-Père2, en Loire-Atlantique3. Avant d’aborder les circonstances troublantes de sa disparition, je vous propose de plonger d’abord dans son histoire et celle de sa famille. Une lignée marquée par l’influence, la richesse… et une part d’ombre.

Naissance de Michel Adolphe Pelet de Lautrec

Michel Adolphe Pelet de Lautrec voit le jour le 3 février 1827 à Fort Royal4. Aujourd’hui cette ville porte le nom de Fort de France, en Martinique5. Il grandit au cœur d’une époque marquée par les bouleversements coloniaux et les grandes ambitions familiales. Il est le troisième enfant de Jean-Baptiste Gabriel Pelet de Lautrec et de Rose Marie Joseph Laure Duval Sainte Claire. Le couple est issu de la bourgeoisie sucrière locale. Ensemble, ils donneront naissance à douze enfants, construisant une lignée aussi nombreuse qu’influente. Parmi eux, Joseph Henri, l’aîné, Claire Elizabeth, Léon Antoine, ou encore Félix Adrien, futur chevalier de la Légion d’honneur. Deux des plus jeunes, malheureusement, ne survivront pas à leur naissance — un rappel poignant des fragilités de l’époque. Dans cette fratrie foisonnante, Michel Adolphe grandit entre traditions familiales, ambitions coloniales et un avenir encore incertain.

Acte de Naissance de Michel Adolphe Pelet de Lautrec le 3 février 1827 à Fort Royal - il y est nommé M. A. de Pelet et son père M. de Pelet Lautrec (Source : ANOM Fort Royal 1827)
Acte de Naissance de Michel Adolphe Pelet de Lautrec le 3 février 1827 à Fort Royal. Il y est nommé M. A. de Pelet et son père M. de Pelet Lautrec (Source : ANOM Fort Royal 1827)
(Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier - bénévoles "volontaires de Charette")

Michel Adolphe passe son enfance dans le domaine familial appelé « Grand Fonds » dans la commune du Marin en Martinique. Voici une photo de cette demeure aujourd’hui transformée en rhumerie.

(Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier – bénévoles « volontaires de Charette »)

Origine de la famille Pelet de Lautrec

Jean-Baptiste Gabriel Pelet de Lautrec, père de Michel Adolphe, n’était pas seulement une figure influente de la noblesse martiniquaise. En effet, cet homme fut aussi un acteur politique local de premier plan. En 1839, alors que Le Marin devient officiellement une commune, il en devient le tout premier maire. Il succède alors au commissaire commandant la paroisse. Il occupe cette fonction jusqu’en 1848, année charnière marquée par la totale abolition de l’esclavage. A ce moment là, on le remplace par Valcourt Dusquesnay. Officier reconnu, le gouvernement le fait chevalier de la Légion d’honneur par ordonnance royale en 1844.

Mais au-delà de son parcours officiel, une anecdote familiale vient nuancer le portrait de cet homme respecté.

Selon une « légende » transmise au fil des générations, Jean-Baptiste aurait quitté la métropole pour la Martinique après un événement pour le moins embarrassant. Fiancé à sa cousine, Mlle de Pichon Longueville, il aurait tout simplement oublié de se rendre à leur mariage. Il se dit qu’il était trop absorbé par une partie de cartes avec des officiers à Rochefort6. La jeune femme, qui finira par épouser le comte de Lalande, ne l’aurait jamais vraiment oublié. Sans descendance, elle favorisa plus tard les enfants de Jean-Baptiste. Ainsi, elle arrangea le mariage de Laure de Lautrec avec son neveu Carlos de Lalande, et laissa sa fortune à ce couple. En plus de cela, elle octroi une rente viagère à Ultima Pelet de Lautrec l’une des sœurs de Michel Adolphe. Un épisode romanesque qui ajoute une touche de panache — et d’imprudence — à l’histoire de cette famille singulière.

Carte de la Martinique - Fort Royal est maintenant Fort de France (Source : Google Maps)
Carte de la Martinique – Fort Royal est maintenant Fort de France (Source : Google Maps)

Origine du patronyme Pelet de Lautrec

L’histoire du nom « Pelet de Lautrec » soulève à elle seule bien des interrogations. À sa naissance, Jean-Baptiste, le père de Michel Adolphe portait simplement le nom de Pelet. Ce n’est que sur l’acte de mariage du patriarche en 1820 avec Rose Marie que le patronyme de Lautrec apparait soudain. Cette particule noble évoque la ville du même nom dans le Tarn, sans qu’aucun lien avéré n’existe avec l’aristocratie locale. Ce glissement nominal, longtemps passé sous silence, ressurgit au grand jour lors du mariage de Michel Adolphe. En effet, l’acte de mariage de Michel Adolphe et Mathilde stipule alors qu’une « erreur » aurait été commise sur l’acte de naissance du père du marié, affirmant qu’il aurait dû s’appeler Pelet de Lautrec et non simplement Pelet.

Une justification manifestement mensongère, puisque tous les ascendants de Jean-Baptiste — son père compris — sont bel et bien enregistrés sous le seul nom de Pelet. Ce tour de passe-passe administratif alimente les soupçons. Et si l’ascension sociale de la famille s’était appuyée sur une fausse noblesse ? Certains n’hésitent pas à qualifier Michel Adolphe d’usurpateur de particule, laissant planer une ombre sur l’identité même de cette lignée en apparence si distinguée.

Acte de naissance de Jean-Baptiste Pelet père de Michel Adolphe (Source : ANOM Case Pilote 1795)
Acte de naissance de Jean-Baptiste Pelet père de Michel Adolphe (Source : ANOM Case Pilote 1795)
Extrait de l'acte de mariage de Jean-Baptiste Pelet de Lautrec avec Rose Marie Joseph Laure Duval de St Claire le 21 août 1820 à Fort-Royal (Source : ANOM Fort Royal 1820)
Extrait de l’acte de mariage de Jean-Baptiste Pelet de Lautrec avec Rose Marie Joseph Laure Duval de St Claire le 21 août 1820 à Fort-Royal (Source : ANOM Fort Royal 1820)

Engagements de Michel Adolphe Pelet de Lautrec

Comme le voulait souvent la tradition dans les familles nombreuses de la bourgeoisie et de la noblesse du XIXe siècle, c’est vers la carrière militaire que se tourne Michel Adolphe. En effet, il était le troisième enfant et deuxième fils de la fratrie. Fidèle à son rang et à la destinée que l’on réserve généralement aux cadets, il embrasse la carrière d’officier, trouvant dans l’armée un cadre à la fois prestigieux et structurant. Lors de son mariage, célébré le 17 juin 1850 avec Mathilde Rosalie Pantin de la Guère — elle-même issue d’une famille bien établie — Michel Adolphe est mentionné comme lieutenant au 47e régiment d’infanterie de ligne, une unité alors en garnison active dans diverses régions de France et ayant connu plusieurs campagnes sous la Monarchie de Juillet7 puis la Deuxième République8.

À cette époque, l’union d’un officier n’allait jamais sans l’aval de sa hiérarchie. Conformément à l’usage, le ministère de la Guerre diligente une enquête de moralité et de situation sociale sur la future épouse. Le dossier, validé sans réserve, témoigne de l’alignement des deux familles sur les critères attendus d’une alliance « convenable ». Ainsi, en parallèle de son parcours militaire, Michel Adolphe scelle une union conforme aux attentes de son rang. Du moins en apparence…

Acte de mariage de Michel Adolphe Pelet de Lautrec et de Mathilde Pantin de la Guère le 17 juin 1850 à Nantes (Source : Archives municipales de Nantes année 1850)
Acte de mariage de Michel Adolphe Pelet de Lautrec et de Mathilde Pantin de la Guère le 17 juin 1850 à Nantes (Source : Archives municipales de Nantes année 1850)

Naissance de l’héritier

Le 11 septembre 1851, un peu plus d’un an après leur mariage, Michel Adolphe Pelet de Lautrec et son épouse accueillent la naissance de leur unique enfant. C’est un garçon prénommé Marie Raymond Bernard. Élevé dans le confort et la tendresse maternelle, l’enfant grandit sans connaître les limites. D’autant plus, que son père, souvent absent, absorbé par ses affaires et ses responsabilités, laisse à sa mère la pleine charge de son éducation. Gâté à l’excès, il développe rapidement un goût prononcé pour les plaisirs faciles, et en particulier pour le jeu. Ses penchants pour la dépense et les excès deviennent peu à peu la source de profonds désaccords entre ses parents. C’est autour de ces tensions, mêlant frustrations familiales et difficultés financières, que s’ancrent les premières fissures du couple, prélude à leur séparation.

La vie au château de Briord à Port Saint Père

Après son mariage avec Mathilde, Michel Adolphe Pelet de Lautrec s’installe à Port-Saint-Père. Ils résident dans le domaine de Briord, qui semble avoir constitué une forme de dot apportée par son épouse. Ce domaine devient rapidement le théâtre d’une nouvelle vie, bien différente de celle qu’il avait menée jusque-là dans l’armée. Ayant quitté les rangs militaires peu après son union, Michel Adolphe s’investit pleinement dans la gestion de la propriété. Il y trouve un nouveau terrain d’engagement — plus rural, mais non moins ambitieux.

La chapelle aujourd'hui (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Homme de convictions, profondément croyant, il décide d’agrandir la chapelle attenante au domaine. Ce lieu de culte, modeste à l’origine, devient progressivement un espace plus imposant. Ainsi, elle est à l’image de sa foi et de son désir d’enraciner sa famille dans la piété et le respect des traditions. Plusieurs plantations sont également mises en place dans le parc. Encore présentes aujourd’hui pour certaines, elles témoignent de sa volonté de diversifier et d’embellir les terres qu’il habite.

La chapelle aujourd’hui (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Mais le geste le plus marquant de cette période reste sans doute la construction d’une tour. Cet édifice est érigée à l’arrière du château. Véritable signature architecturale du domaine, cette tour symbolise à la fois le faste, la singularité et peut-être aussi l’isolement progressif de son propriétaire. On y retrouve au rez-de-chaussée un bureau, probablement destiné à ses affaires personnelles ou à la gestion du domaine, tandis que l’étage accueille une chambre, refuge paisible aux allures de retraite spirituelle.

Construction de la tour à l'arrière du château de Briord (Source : (c) Collection Terres de Briord)
Construction de la tour à l’arrière du château de Briord (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Ce lieu chargé d’histoire, encore visible aujourd’hui, cristallise l’ambition de Michel Adolphe. Il souhaite faire de Briord non seulement un foyer, mais un centre de vie, de foi, de prestige… et d’énigmes.

Début des dissensions

Cet environnement aurait pu être paisible, mais une violente querelle familiale éclate en 1857. Le nom Pelet de Lautrec devient le centre d’une controverse. Deux hommes — un consul de France à Nantes et un religieux — prétendent détenir des documents prouvant que la famille n’est pas noble, et menacent de les révéler. Derrière ce chantage se cache sans doute une manœuvre orchestrée avec les frères de Mathilde. En effet, ces derniers poussent à un partage anticipé de l’héritage, excluant pratiquement leur sœur. La tension monte : échanges de lettres, accusations, tentatives de conciliation, mais aussi humiliations. Le père de Michel Adolphe traverse les océans pour tenter de défendre l’honneur familial, en vain. Mr de la Guère refuse de recevoir le père son gendre qui a fait un si long voyage pour s’expliquer avec lui. Il prétexte qu’en l’absence de son fils et du consul il est dans l’incapacité de comprendre les tenants et aboutissants de l’affaire. Face au silence méprisant de son beau-père, Michel Adolphe publie un mémoire défensif. Cet écrit est alors diffusé dans toute la région, il espère rétablir ainsi sa légitimité.

L’affaire s’apaise avec le décès des parents de Mathilde, en 1860 et 1864. Le domaine familial revient finalement au couple, qui reste soudé malgré les attaques. Jusqu’à la fin de sa vie, Michel Adolphe continue de revendiquer son titre. Dans ce combat, il est appuyé par des proches qui réaffirment l’origine noble de sa lignée. Les documents familiaux, les faire-part, les alliances sociales perpétuent cette identité, comme une réponse déterminée aux accusations passées.

Pelet de Lautrec reprend les armes

En 1859, l’armée française participe activement à la campagne d’Italie. Elle repousse les troupes autrichiennes du Piémont et de la Lombardie, ouvrant ainsi la voie à l’unité italienne, projet ambitieux scellé entre Napoléon III9 et Camillo Cavour10 lors des accords de Plombières11. Dans ce contexte, Michel Adolphe Pelet de Lautrec, officier légitimiste, reprend du service. En 1860, alors que Garibaldi12 débarque en Sicile13 pour soutenir l’insurrection contre les Bourbons14, le jeune roi François II de Naples15 tente de sauver son royaume en promettant des réformes, mais les événements s’emballent. Il est contraint d’abandonner Naples en septembre et se réfugie dans la forteresse de Gaëte16, au nord, où il organise une ultime résistance.

C’est là que Michel Adolphe rejoint l’état-major royal, aux côtés d’officiers français et napolitains fidèles à la monarchie. Nommé capitaine et aide de camp, il réside dans les étages supérieurs de l’archevêché. Il est alors sous les bombardements constants de l’armée piémontaise. Malgré les tirs et les privations, le vicomte garde son sang-froid. On raconte qu’il prenait jusqu’à douze tasses de thé par jour. En janvier 1861, alors que la ville est frappée par le typhus et les dernières lignes de défense cèdent, il est blessé à la tête par un éclat d’obus. Peu après, il est nommé chef d’état-major du roi. Mais la cause est perdue : l’escadre française, qui maintenait jusqu’alors une liaison avec l’extérieur, se retire sous pression diplomatique. Le 13 février, la place capitule ; le lendemain, François II abdique. Il embarque avec sa suite à bord d’un navire français, mettant fin au royaume des Deux-Siciles.

MA Pelet de Lautrec (à droite) rencontre le pape Pie IX (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Pelet de Lautrec accompagne François II dans son exil à Rome, où il est reçu par le pape Pie IX17. En remerciement de sa fidélité, il reçoit plusieurs reliques précieuses, dont un fragment de la vraie croix. Son nom apparaît dans plusieurs gravures contemporaines représentant l’état-major royal lors du siège de Gaëte. En retrait derrière François II lors de ses adieux à la garnison, il reste dans l’histoire. Cette période marquera profondément Michel Adolphe, qui, malgré l’échec, conservera sa loyauté à la cause légitimiste et à la mémoire du royaume disparu. En 1862, il est de retour à Briord, honoré dans les cercles royalistes pour sa bravoure… et son inaltérable fidélité.

MA Pelet de Lautrec (à droite) rencontre le pape Pie IX (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Le retour à Briord

Après son engagement militaire auprès du roi François II, Michel Adolphe Pelet de Lautrec revient à la vie civile. Il s’installe durablement au château de Briord. Mais cette reprise de vie terrienne est loin d’être paisible. Dès son retour, il hérite aussi d’une vieille rivalité avec les propriétaires du domaine voisin de Granville. Le cœur du conflit ? L’influence auprès du curé local. Chacun cherche à surpasser l’autre en générosité envers l’église. Dons, financement de travaux, quête de prestige… rien n’est laissé au hasard, et la compétition devient rapidement féroce.

C’est dans ce climat tendu qu’éclate un scandale qui va marquer durablement la commune. Lors de son séjour à Rome, Pelet de Lautrec avait reçu du pape Pie IX des reliques précieuses : un fragment de la Vraie Croix, ainsi que des reliques des saints Pierre et Paul. Il choisit d’en faire don à l’église de Port-Saint-Père. Un geste rare et hautement symbolique, qui renforce son image auprès du clergé local. Dans la foulée, sa belle-mère, Madame de La Guère, s’engage à financer la charpente de la future église à hauteur de 12 000 francs. Michel Adolphe lui-même souscrit pour 6 000 francs. Les travaux débutent en grande pompe. Ainsi, la première pierre est posée le 28 juin 1865, et deux ans plus tard, en 1867, la nef est prête à recevoir sa charpente.

Église de Port St Père après les travaux (Source : carte postale collection personnelle)
Église de Port St Père après les travaux (Source : carte postale collection personnelle)

Madame de La Guère étant décédée 3 ans plus tôt, ses héritiers refusent d’honorer la promesse. La fabrique18 paroissiale est contrainte de mobiliser de nouveaux fonds pour terminer le chantier si bien que la nef n’est bénie que le 13 juin 1869. S’ensuit un long contentieux. Le curé, soutenu par la fabrique, poursuit les héritiers Pantin de La Guère en justice, accusant ces derniers de ne pas avoir respecté leurs engagements. Les débats s’enveniment, notamment autour d’un point délicat. En effet, Pelet de Lautrec aurait demandé que la porte principale de l’église donne sur la route menant à son château, comme dans l’ancien édifice, pour pouvoir y entrer directement depuis sa demeure. Une annotation manuscrite ajoutée au contrat est utilisée pour remettre en cause la validité de sa souscription, bien que plusieurs courriers antérieurs prouvent sa volonté de respecter son engagement, quels que soient les plans retenus.

Le procès s’éternise. Après plusieurs renvois et un arrêt cassé pour incompétence en 1872, l’affaire revient devant le Conseil de préfecture de la Loire-Inférieure. Le 14 août 1874, la fabrique de Port-Saint-Père obtient finalement gain de cause. Les consorts Pelet de Lautrec et Pantin de La Guère sont condamnés à verser 4 500 francs, à rembourser le bois déjà fourni et à livrer le reste du matériau nécessaire à la couverture de l’église. L’épisode laisse une trace durable dans les mémoires locales. En effet, derrière une querelle de charpente et de portes, c’est bien l’honneur, la foi et la rivalité de deux grandes familles qui se sont affrontés.

La foi de Pelet de Lautrec à l’origine de ses malheurs

Au début de l’année 1877, Michel Adolphe Pelet de Lautrec, fervent catholique et monarchiste convaincu, s’intéresse aux cercles mystiques qui se développent dans l’Ouest de la France après la défaite de 1871. Le climat est à la ferveur religieuse et à l’attente d’un relèvement spirituel de la nation. Cet engouement est porté par des apparitions, des prophéties et des figures visionnaires. C’est dans ce contexte qu’il rend visite à Marie-Julie Jahenny19, une jeune mystique de Blain20. Ses transes et ses stigmates font parler d’elle dans les milieux légitimistes. Sur place, Pelet de Lautrec croise des membres influents du clergé, comme l’abbé Cloquet, grand vicaire de feu Monseigneur Viber21, évêque contesté de Maurienne22, ainsi que des partisans d’autres voyantes comme la jeune Théotiste Covarel, internée quelques années plus tôt pour ses excès mystiques et récemment libérée grâce à des appuis politiques de Pelet de Lautrec.

Carte postale de Marie-Julie Jahenny (Source : Éditions Resiac Collection personnelle)

Théotiste, désormais installée à Nantes, est introduite auprès de l’évêque Monseigneur Fournier23. L’un des frères de Michel Adolphe aurait lui-même facilité sa venue. Il est même allé jusqu’à offrir à l’évêque une croix contenant un fragment de la Vraie Croix24. Bien que des voix s’élèvent pour l’orienter vers la vie monastique, Théotiste est finalement emmenée discrètement au château de Briord. Cela a pu être fait par l’influence de l’abbé Cloquet et avec la complicité de la famille Pelet de Lautrec. Officiellement, elle devient femme de chambre de la comtesse, mais sa réputation de voyante suit bientôt ses pas.

Au même moment, des tensions profondes agitent le foyer de Michel Adolphe. Son fils, adepte du jeu et des femmes, suscite de vifs désaccords entre ses parents. La mère le protège, tandis que le père s’irrite de ses excès. La situation se tend encore lorsqu’on découvre que la comtesse a contracté d’importantes dettes. Plus de 500 000 francs en 1875 puis près de 700 000 francs jusqu’en 1881, sont empruntés pour couvrir les écarts du fils. Le 10 avril 1877, le jeune homme quitte Briord pour rejoindre son régiment à Béziers. Théotiste est censée partir le même jour… mais elle reste.

Très vite, la situation prend une tournure presque irréelle. Des lettres parviennent à Mr le comte de Lautrec décrivant des apparitions mariales qui auraient eu lieu dans la chambre de la comtesse. La Vierge y aurait évoqué la situation de la France, la vente prochaine du château, et surtout, la conversion annoncée de leur fils en ecclésiastique. Ce climat de mysticisme exacerbé précipite la rupture du couple. L’hiver 1877 est marqué par des scènes dramatiques. Des accusations de folie, des cris, des menaces et un climat de tension extrême se ressent au château. Pelet de Lautrec, excédé, finit par chasser son fils de Briord avec des mots glaçants. Il déclare même qu’il préférerait lui loger une balle dans la tête plutôt que de le voir franchir à nouveau les grilles de la propriété.

Rien ne va plus entre les époux Pelet de Lautrec

Le point de rupture est atteint le 12 avril 1878. Le tribunal civil de Paimbœuf prononce la séparation de corps entre Michel Adolphe Pelet de Lautrec et son épouse. Il ordonne également une enquête approfondie. De nombreux documents sont alors versés au dossier. Ils révèlent un climat familial délétère, marqué par l’influence jugée néfaste de la voyante Théotiste Covarel et de son mentor, l’abbé Cloquet, sur l’esprit fragile de la comtesse. Pour les proches du comte, c’est cet entourage mystique qui a exacerbé les tensions conjugales et permis à Théotiste d’exploiter à la fois les croyances, les émotions, mais aussi la fortune de sa protectrice.

La comtesse est d’abord assignée à résidence à Paris. Mais l’année suivante, le 16 juillet 1879, la Cour d’appel de Rennes prononce la séparation de biens et l’autorise à retourner au château de Briord. Théotiste, qui avait été envoyée à Lyon, est discrètement rappelée par Madame de Lautrec. Celle-ci, en difficulté financière, consent à louer la propriété à son propre frère, tout en plaçant ses biens sous séquestre pour échapper à ses créanciers. Le domaine est alors au bord de la ruine. Les dettes s’accumulent, les procédures se multiplient, les refus d’emprunt et les oppositions judiciaires se succèdent.

Des jugements à répétitions

Le 7 novembre 1879, un jugement ordonne la mise sous séquestre des biens et enjoint la comtesse à réintégrer le domicile conjugal, situé à Paris, rue Nicolas. L’affaire se complique encore avec deux procès retentissants tenus au tribunal correctionnel de Nantes les 11 et 13 mai 1880. Le comte de Lautrec y est accusé d’injures publiques. Dans la première instance, il critique la partialité du président du tribunal civil de Paimbœuf25, M. Feildel, qu’il soupçonne de soutenir ouvertement sa femme. Dans la seconde, il est accusé d’avoir insulté le maire de Port-Saint-Père, Pierre Pichelin26, au sujet d’une tentative d’enlèvement de Théotiste à la sortie de la messe. Lautrec cherchait alors à la faire interner, la jugeant responsable de l’aliénation de son épouse et de l’éloignement de son fils.

Scène de l'enlèvement de Théotiste devant l'église de Port St Père (Source : Image créée par IA)
Scène de l’enlèvement de Théotiste devant l’église de Port St Père (Source : Image créée par IA)
Témoignage du Maire de Port St Père dans la presse locale (Source : Extrait d’un article du journal Le Temps daté du 20 août 1880)

Malgré une défense énergique et des soutiens notables, Michel Adolphe est condamné à huit jours de prison pour l’affaire Feildel. Quinze jours supplémentaires seront ajoutés dans l’affaire concernant Pichelin. Une peine plus sévère que celle infligée au baron de Lareinty27 dans un contexte similaire, ce qui nourrit la controverse. Un article publié dans Le Phare de la Loire revient sur cette affaire. Il dénonce la partialité du juge Feildel et appelant à une réforme du statut de la magistrature. Le comte fait appel à Rennes, assisté par les avocats Waldeck-Rousseau28 et Leborgne, mais les décisions restent inchangées. Rien ne semble apaiser le conflit familial. Seul l’abandon du château de Briord par le couple marquera la fin de cet épisode, digne d’un véritable roman judiciaire et mondain.

La vente de Briord

À l’été 1881, Michel Adolphe Pelet de Lautrec, retiré dans le bourg de Port-Saint-Père, prend la décision de liquider ses derniers biens meubles. Il se prépare ainsi à quitter la France pour retourner en Martinique. Deux ans plus tard, on le retrouvera installé au Marin29. Cette mise à distance géographique s’accompagne d’un désengagement progressif. Il tourne la page, abandonne ses prétentions juridiques et autorise son épouse, en mars 1885, à contracter de nouveaux emprunts en son nom. Le climat familial semble alors s’apaiser, notamment à l’occasion du mariage de leur fils. Le jeune homme devenu directeur d’agence pour une compagnie d’assurance épouse Jeanne de Beaumont de Veaux.

Mais derrière cette accalmie, la situation patrimoniale s’aggrave. Le domaine de Briord, jadis considéré comme un fleuron de la Loire-Inférieure, croule sous les dettes. En avril 1885, une vente aux enchères disperse l’ensemble du mobilier. Voitures, matériel agricole, barriques et objets domestiques sont vendus par lots. L’intérieur du château, aménagé sobrement dans un style bourgeois, ne recèle ni trésors ni œuvres remarquables. Les deux séances de vente rapportent moins de 10 000 francs.

Jean-Simon Voruz acheteur de Briord pour son petit fils Jean-Baptiste Etienne (Source : Album des députés au Corps législatif entre 1852-1857 - Domaine public)

Quelques mois plus tard, le 25 novembre 1885, c’est au tour de la propriété elle-même d’être mise aux enchères. Elle est adjugée à Jean-Baptiste Étienne, petit-fils du fondeur Jean-Simon Voruz30, pour 530 000 francs. C’est une somme modeste au regard de sa valeur estimée, qui approchait les deux millions de francs selon une expertise notariale réalisée en 1877. Ce domaine, qui rapportait alors quelque 600 000 francs annuels et s’était agrandi de 23 hectares depuis le mariage du couple, a été englouti dans une spirale d’emprunts et de mésententes. La vente marque la fin d’un lent déclin, scellé par le poids des créances et les choix contrariés du comte.

Jean-Simon Voruz acheteur de Briord pour son petit fils Jean-Baptiste Etienne (Source : Album des députés au Corps législatif entre 1852-1857 – Domaine public)

Le retour en Martinique de Michel Adolphe Pelet de Lautrec

Au début des années 1890, Michel Adolphe Pelet de Lautrec semble s’être retiré en Martinique. Il réside probablement sur les terres de l’habitation Grand-Fonds, au Marin. Il y est mentionné comme membre de la Société nationale d’agriculture, signe qu’il consacre désormais son énergie aux travaux de la terre. Cette discrète réinvention de sa vie insulaire pourrait avoir inspiré certains écrivains de son temps. En effet, dans son roman Là-bas, publié en 1895, Joris-Karl Huysmans31 évoque, au chapitre V, un personnage trouble, autrefois notable, tombé dans la mystique obsessionnelle et le scandale religieux — un « comte de Lautrec » dont les traits rappellent fortement Michel Adolphe.

Malgré son isolement, il reste en lien avec les autorités militaires. En 1892, il formule une demande pour réintégrer le service actif, mais cette fois comme simple soldat. Il est soutenu par une lettre de recommandation du général Jousseaume, alors directeur de l’artillerie à la Martinique. Cela lui permet d’être nommé gardien de batterie. Ce poste modeste lui offre ainsi un retour à la discipline et à l’ordre militaire. Il est loin des fastes de sa vie passée.

Dans une lettre adressée au général Jamont32, le colonel Pelletier, commandant le 6ᵉ régiment d’infanterie de marine à Brest, relate l’avoir croisé peu après sa nomination. Il exprime alors son étonnement devant le contraste entre ce qu’avait été cet homme. « Ancien chef d’état-major, attaché militaire à la cour de Vienne, officier brillant » il est devenu « un travailleur humble, vivant avec peu, les mains marquées par le labeur ». Il salue surtout sa dignité et sa résilience, décrivant une noblesse d’âme intacte malgré les épreuves.

Désormais, Michel Adolphe vit simplement, presque pauvrement, ayant recueilli trois orphelins qu’il élève dans un esprit pastoral. Sa demande d’un poste militaire ne visait pas à retrouver un prestige perdu, mais à s’assurer, avec pudeur, d’un minimum de stabilité physique et financière. Une figure effacée, mais droite, qui cherche dans le travail et la foi un apaisement tardif après tant de tumultes.

La vie de Marie Raymond Bernard Pelet de Lautrec

Le fils unique de Michel Adolphe Pelet de Lautrec et de Mathilde de Pantin de la Guerre entame sa vie d’adulte sous des auspices à la fois brillants et fragiles. Le 24 février 1881, il épouse à Paris Jeanne de Bermond de Vaulx. Sa mère assiste à la cérémonie, tandis que son père, resté en Martinique, fait parvenir son consentement notarié depuis l’outre-mer. Deux ans plus tard, le 21 mars 1883, Jeanne décède à Monte-Carlo33, une ville emblématique du jeu et des excès mondains — un détail qui laisse deviner que le jeune homme n’avait pas tout à fait tourné la page de ses penchants les plus périlleux.

Acte de mariage de Marie Raymond Palet de Lautrec avec Jeanne de Bermond de Vaulx le 24 février 1881 à Nantes (Source : Archives municipales de Nantes 1881)
Acte de mariage de Marie Raymond Bernard Pelet de Lautrec avec Jeanne de Bermond de Vaulx le 24 février 1881 à Nantes (Source : Archives municipales de Nantes 1881)

Après cette première tragédie, il tente de reconstruire sa vie. Ainsi le 7 juin 1887, il contracte un second mariage à Cadaujac34, en Gironde35, avec Marie-Hélène Chabannaux. Cette fois, il est enregistré comme « propriétaire », indication qu’il a quitté l’uniforme et abandonné toute ambition militaire. La suite de son parcours reste enveloppée de mystère. On ignore les raisons qui l’ont mené jusqu’en Tunisie, où il s’éteint prématurément le 5 avril 1889, à l’âge de 37 ans. Il ne laisse ni descendance, ni fortune, et s’efface discrètement, à l’image de son père, dans les marges de l’histoire.

Retranscription de l'acte de décès de Marie Raymond Pelet de Lautrec décédé à Tunis le 5 avril 1889 (Source : Archives municipales de Nantes année 1889)
Retranscription de l’acte de décès de Marie Raymond Bernard Pelet de Lautrec décédé à Tunis le 5 avril 1889 (Source : Archives municipales de Nantes année 1889)

Qu’est devenue Mathilde après la séparation du couple ?

Après la vente du domaine de Briord, Mathilde Rosalie Pelet de Lautrec s’installe définitivement à Nantes. Dès 1890, elle est attestée rue Saint-Clément, dans un quartier résidentiel qu’elle ne quittera plus. En 1906, elle y vit accompagnée d’Albertine Lambois, une domestique nantaise âgée de 43 ans.

Quelques années plus tard, en 1911, une autre Albertine, cette fois d’Avrieux, originaire elle aussi de Maurienne, âgée de 61 ans, partage sa vie. Ce détail n’est sans doute pas anodin, d’autant que Mathilde continue à entretenir des liens étroits avec le cercle de fidèles rassemblés autour de Marie-Julie Jahenny, la célèbre mystique de Blain. Sa foi exacerbée, qui avait tant pesé sur les finances et la stabilité du couple Pelet de Lautrec, ne l’a manifestement jamais quittée.

Elle meurt à Nantes le 15 février 1913, sans héritage ni faste, au 32 rue Saint-André — cinq ans après Théotiste Covarel, dont la présence aura profondément marqué sa trajectoire spirituelle et familiale. Elle est inhumée au cimetière de la Bouteillerie36 à Nantes dans le carré B, rang 10 caveau 23.

Registre d'inhumations du cimetière de la Bouteillerie où repose Mathilde (Source : Archives municipales de Nantes)
Registre d’inhumations du cimetière de la Bouteillerie où repose Mathilde (Source : Archives municipales de Nantes)

La disparition de Michel Adolphe Pelet de Lautrec

La fin de Michel Adolphe Pelet de Lautrec reste entourée de mystère. Officiellement, sa mort est annoncée par un faire-part qui évoque un naufrage dans les eaux de la Martinique. Aucune date précise, aucun détail sur les circonstances : seulement cette déclaration sobre, presque énigmatique.

Faire part de décès affiché au restaurant la Table de Briord à Port St Père (Source : (c) Collection Terres de Briord)
Faire part de décès affiché au restaurant la Table de Briord à Port St Père (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Aujourd’hui, une copie de ce faire-part trône dans un lieu insolite : le restaurant La Table de Briord, à Port-Saint-Père. Il a été retrouvé par hasard dans une brocante en Angleterre, puis rapporté en Loire-Atlantique par Éric Peters, l’actuel propriétaire du château de Briord. Le document intrigue autant qu’il interroge : que faisait Michel Adolphe aux Antilles à cette époque-là ? Était-il encore militaire ? Rentrait-il simplement finir sa vie en métropole ? Est-il réellement mort en mer, ou s’est-il simplement effacé de la scène familiale après tant de déceptions, de conflits et de scandales ?

Car certains, à voix basse, affirment l’avoir aperçu bien vivant, quelques années plus tard, chez son frère à Avessac37. Était-ce réellement lui ? Ou simplement l’un de ses nombreux frères, dans une famille aux silhouettes parfois confondues ? Le doute subsiste, comme un dernier voile sur le destin d’un homme insaisissable, dont la disparition semble avoir été orchestrée avec autant de soin que les mystères de sa vie.

Le souvenirs de Pelet de Lautrec

Michel Adolphe Pelet de Lautrec n’a pas seulement laissé derrière lui une rumeur de naufrage et une traînée d’interrogations. Il a aussi, consigné ses derniers mots dans un document émouvant, retrouvé tout récemment à la faveur des travaux engagés par Eric Peters, propriétaire actuel du château de Briord. Ce texte, aux allures de testament spirituel, semble avoir été écrit depuis la Martinique, où il se trouvait à la fin de sa vie, probablement reclus dans un ultime exil choisi.

Dans cette lettre, il se présente comme gardien du Fort de l’îlet aux Ramiers38, une position obscure mais symboliquement forte, perchée entre solitude, isolement militaire et détachement du monde. Il y exprime une forme de paix intérieure, une sérénité presque mystique après une vie tumultueuse :

Ilet aux Ramiers aujourd'hui (Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier - bénévoles "volontaires de Charette")
Ilet aux Ramiers aujourd’hui (Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier – bénévoles « volontaires de Charette »)
Fort de l'Ilet aux Ramiers aujourd'hui en ruines (Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier - bénévoles "volontaires de Charette")
Fort de l’Ilet aux Ramiers aujourd’hui en ruines (Source : Photo fournie par Jean-François et Nadine Grolier – bénévoles « volontaires de Charette »)

« Je suis au comble du bonheur. Je peux désormais mourir en paix, au milieu d’un appareil formidable de guerre. Que Dieu est bon pour son indigne serviteur. À vous tout de cœur. LAUTREC. »

Il poursuit en affirmant avoir renoncé à tout titre, tout privilège, ne signant plus que « Lautrec, tout simplement ». Il se dit redevenu simple soldat, recevant pour la première fois sa ration de pain, de viande, de sucre et de vin – non pas avec amertume, mais avec une joie sincère et presque enfantine :

« Ne me plaignez pas, je suis heureux, et très heureux. »

Ce dernier message, à la fois humble et digne, éclaire d’un jour nouveau la figure controversée de Michel Adolphe. Après avoir revendiqué sans relâche une noblesse de nom et de sang, il choisit finalement l’effacement, l’anonymat et la paix d’âme, loin des fastes et des conflits familiaux. Un adieu simple, mais d’une densité bouleversante.

Dernière lettre connue de Michel Adolphe Pelet de Lautrec (Source : (c) Collection Terres de Briord)
Dernière lettre connue de Michel Adolphe Pelet de Lautrec (Source : (c) Collection Terres de Briord)

Remerciements

Mes plus vifs remerciements vont à Éric Peters, actuel propriétaire du château de Briord, pour sa généreuse disponibilité, sa passion contagieuse, et surtout pour l’accès aux archives des Terres de Briord — précieuses comme des reliques.

Un grand merci également à Nadine et Jean-François Grolier, voyageurs infatigables qui ont su, depuis la Martinique, capturer en images les traces laissées par Michel Adolphe Pelet de Lautrec. Grâce à eux, les Antilles ont un petit air de Briord.

Merci à Faustine, complice graphique de toutes les aventures, dont le trait et l’œil affûtés donnent vie aux personnages autant qu’aux légendes – même quand elles sortent des marges.

Enfin, gratitude appuyée aux bénévoles et « Volontaires de Charette », gardiens enthousiastes et parfois héroïques de la mémoire de Pelet de Lautrec, mais aussi de tous ceux, nobles ou non, qui ont arpenté les couloirs de Briord avant et après lui. Sans eux, cette histoire serait restée dans les oubliettes (ou dans les douves de Briord), et on sait combien elles sont froides.

  1. Le château de Briord est un château situé à Port-Saint-Père, dans le département de la Loire-Atlantique, en France. ↩︎
  2. Port-Saint-Père est une commune de l’ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire. Ses habitants s’appellent les Port-Saint-Périns et les Port-Saint-Pérines. Port-Saint-Père comptait 2 877 habitants au recensement de 2014. ↩︎
  3. La Loire-Atlantique, dénommée Loire-Inférieure jusqu’en 1957, est un département français de la région Pays de la Loire, dont le nom vient de la Loire qui se jette dans l’océan Atlantique. L’Institut national de la statistique et des études économiques et La Poste lui attribuent le code 44. Sa préfecture est Nantes. ↩︎
  4. Le nom de la commune est dû à la présence du fort que la France a établi au XVIIe siècle. D’abord appelé cul-de-sac du Fort-Royal (1635-1672), le site devient la paroisse puis la ville de Fort Royal (1672-1793), Fort-de-la-République ou République-Ville (1793-1794), de nouveau Fort-Royal (1794-1807) et Fort-de-France depuis 1807. ↩︎
  5. La Martinique est une île des Caraïbes qui fait partie des petites Antilles. Région d’outre-mer de la France, sa culture reflète un mélange distinctif d’influences françaises et antillaises. Sa plus grande ville, Fort-de-France, abrite des collines abruptes, des rues étroites et La Savane, un jardin bordé de boutiques et de cafés dans lequel a été érigée la statue de Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon Bonaparte, native de l’île. ↩︎
  6. L’arrondissement de Rochefort est une division administrative française, située dans le département de la Charente-Maritime et la région Nouvelle-Aquitaine. Troisième arrondissement par sa superficie en Charente-Maritime, il en est le deuxième autant par sa population que par sa densité de population. ↩︎
  7. La monarchie de Juillet est le régime politique du royaume de France entre 1830 et 1848. Instaurée le 9 août 1830 après la révolution dite des « Trois Glorieuses » les 27, 28 et 29 juillet 1830, elle succède à la Restauration. La branche cadette des Bourbons, la maison d’Orléans, accède alors au pouvoir. ↩︎
  8. La Deuxième République, ou Seconde République, est le régime républicain en France du 4 novembre 1848, date de la proclamation provisoire de la République à Paris, jusqu’à la proclamation de Napoléon III comme empereur le 2 décembre 1852. ↩︎
  9. Louis-Napoléon Bonaparte, né le 20 avril 1808 à Paris et mort le 9 janvier 1873 à Chislehurst, est un monarque et homme d’État français. ↩︎
  10. Camillo Benso, comte de Cavour, né le 10 août 1810 à Turin et mort le 6 juin 1861 dans la même ville, est un homme d’Etat italien, important partisan et acteur de l’unité italienne. Il est considéré, avec Giuseppe Garibaldi, Victor-Emmanuel II et Giuseppe Mazzini, comme l’un des « pères de la Patrie » italienne. ↩︎
  11. L’entrevue de Plombières est une entrevue diplomatique entre napoléon III et Camillo Cavour, président du conseil du royaume de Sardaigne, le 21 juillet 1858, dans la cité thermale de Plombières-les-Bains dans les Vosges. Six mois après l’attentat raté de Felice Orsini, Napoléon III se rallie à la cause italienne. La rencontre a pour objet de « causer de l’état de l’Italie ». Un accord secret est conclu entre Napoléon III et Cavour; les deux hommes prirent la décision de signer un traité par lequel la France accorderait au royaume de Sardaigne son assistance militaire en cas de conflit l’opposant à l’empire d’Autriche. En contrepartie, la France obtiendrait le comté de Nice et le duché de Savoie. La Lombardie, la Vénétie et les Romagnes, sous l’égide de la maison de Savoie. Le reste de l’Italie serait formé des Etats pontificaux, d’un royaume central et du royaume des Deux-Siciles. La confédération italienne naissante serait alors présidée par le pape Pie IX, avec le soutien de la France.
    Ce traité secret d’alliance est ratifié à Turin le 26 janvier 1859. En avril de la même année, la guerre est déclenchée après un ultimatum lancé par l’empire d’Autriche. ↩︎
  12. Giuseppe Garibaldi, né Joseph Marie Garibaldi le 4 juillet 1807 à Nice et mort à Caprera le 2 juin 1882, est un général, homme politique et patriote italien. Il est considéré, avec Camillo Cavour, Victor-Emmanuel II et Giuseppe Mazzini, comme l’un des « pères de la patrie » italienne. ↩︎
  13. La Sicile, plus grande île de la mer Méditerranée, est située au large de la pointe de la botte italienne. La richesse de son histoire se reflète dans des sites comme la vallée des temples, les ruines bien conservées de 7 temples grecs au style dorique, et dans les mosaïques byzantines de la chapelle palatine, ancienne chapelle royale située à Palerme, la capitale. À l’est de la Sicile se trouve l’Etna, l’un des volcans actifs les plus élevés d’Europe. ↩︎
  14. La maison de Bourbon-Siciles, et après 1816 la maison de Bourbon-Deux Siciles, est une branche italienne de la maison de Bourbon ayant régné sur les royaumes de Naples, de Sicile puis des Deux-Siciles entre 1734 et 1861. ↩︎
  15. François II, né le 16 janvier 1836, à Naples et mort le 27 décembre 1894 à Arco, en Autriche-Hongrie (aujourd’hui dans le Trentin), est le dernier roi du royaume des Deux-Siciles, entre 1859 et 1861, avant l’unification italienne et la création du royaume d’Italie. Destitué de son titre après l’invasion de son royaume par les troupes de Garibaldi, il mène avec son épouse, Marie-Sophie en Bavière, la résistance face à l’envahisseur depuis Gaëte.
    Après la défaite, le roi se réfugie avec son épouse à Rome où ils maintiennent un gouvernement en exil, reconnu par certaines puissances catholiques, comme l’Espagne, l’Autriche et la Bavière. Après la victoire des Prussiens contre l’Autriche en 1866, lors de la guerre austro-prussienne, et l’expansion ultérieure du territoire italien, le roi met un terme à son gouvernement et quitte Rome avant son occupation par les garibaldiens en 1870. ↩︎
  16. Le siège de Gaëte (5 novembre 1860 – 13 février 1861), conduit par les troupes de l’armée sarde emmenées par le général Enrico Cialdini, met fin au processus de dissolution du royaume des Deux Siciles à l’issue de l’expédition des Mille, ce qui permet la proclamation du royaume d’Italie. ↩︎
  17. Giovanni Maria Mastai Ferretti, né le 13 mai 1792 à Senigallia (Etats pontificaux) et mort le 7 février 1878 à Rome (Italie), est un ecclésiastique italien 255e pape de l’Église catholique, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX (en latin : Pius IX), et dernier souverain des Etats pontificaux. Son pontificat de plus de 31 ans est le plus long de l’histoire de la papauté. ↩︎
  18. Le terme « Fabrique d’Église » désigne à l’origine une assemblée de clercs auxquels se sont ajoutés, depuis le Concile de Trente (1545-1563), des laïcs, chargés de l’administration des biens de la communauté paroissiale. ↩︎
  19. Marie-Julie Jahenny, née le 12 février 1850 à Blain et morte le 4 mars 1941 dans la même commune au hameau de La Fraudais, est une mystique et stigmatisée catholique française, appelée « la sainte de Blain » par ses fidèles. À partir de 1873, elle revit chaque vendredi la Passion du Christ et en porte les stigmates. ↩︎
  20. Blain est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire, à environ 35 km au nord de Nantes et non loin de la route nationale 137 reliant Nantes à Rennes, élément de la route des Estuaires. ↩︎
  21. François-Marie Vibert de Massingy, né le 14 août 1800 et mort le 31 octobre 1876 à Yenne, est un homme d’église savoyard, considéré comme le 85e évêque de Maurienne. ↩︎
  22. La Maurienne est une vallée intra-alpine et une région naturelle française, située dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes. D’une longueur de 125 km, elle est traversée par la rivière de l’Arc. Elle correspond à l’une des six provinces historiques de la Savoie, qui fut un pagus (pagus Maurianensis), puis au comté de Maurienne intégré au comté de Savoie avant de devenir l’une des provinces administratives (de 1723 à 1860) du duché de Savoie. ↩︎
  23. Félix Fournier, né le 3 mai 1803 à Nantes et mort le 9 juin 1877 à Rome, est un dignitaire de l’église catholique et homme politique français, évêque du diocèse de Nantes de 1870 à sa mort en 1877 . ↩︎
  24. La Vraie Croix, dite également Sainte Croix, est la croix sur laquelle Jésus-Christ a été crucifié. ↩︎
  25. Paimbœuf est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire. Les habitants de la commune s’appellent les Paimblotins et les Paimblotines. Paimbœuf comptait 3 254 habitants au dernier recensement de 2014. ↩︎
  26. Pierre Pichelin, maire de Port-Saint-Père de 1874 à 1896, fut également commissaire de la Société du Canal de Buzay dans la deuxième moitié du XIX e siècle. ↩︎
  27. Clément Gustave Henri Baillardel, baron de Lareinty, est un homme politique français né le 19 janvier 1824 à Toulon (Var) et mort le 8 mars 1901 à Frossay (Loire-Atlantique). ↩︎
  28. Pierre Marie René Ernest Waldeck-Rousseau, né à Nantes le 2 décembre 1846 et mort à Corbeil-Essonnes le 10 août 1904, est un homme d’État libéral français. ↩︎
  29. Le Marin est une commune française située dans la collectivité territoriale unique de Martinique. Principal centre administratif du Sud de l’île, elle en est une des trois sous-préfectures depuis 1974 ainsi que le chef-lieu de l’arrondissement du Marin. ↩︎
  30. Jean-Simon Voruz (né le 6 juin 1810 à Nantes et mort le 25 octobre 1896 au château de Briord à Port-Saint-Père), est un industriel et homme politique français. ↩︎
  31. Joris-Karl Huysmans, nom de plume de Charles Marie Georges Huysmans, né le 5 février 1848 à Paris et mort dans la même ville le 12 mai 1907, est un écrivain et critique d’art français. ↩︎
  32. Édouard Jamont, né le 19 juillet 1831 à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et mort le 17 octobre 1918 à Paris, est un général français, grand-croix de la Légion d’honneur et médaillé militaire. ↩︎
  33. Monte-Carlo est un quartier de Monaco. Il abrite le casino de Monte-Carlo. Le quartier traditionnel de Monte-Carlo est divisé en trois quartiers ordonnancés : Monte-Carlo, La Rousse et Le Larvotto. ↩︎
  34. Cadaujac est une commune du Sud-Ouest de la France, située dans le département de la Gironde en région Nouvelle-Aquitaine. Ses habitants sont appelés les Cadaujacais et Cadaujacaises. ↩︎
  35. La Gironde est un département français situé dans le Sud-Ouest de la France, en région Nouvelle-Aquitaine. Son chef-lieu est Bordeaux, qui est aussi chef-lieu de région. De 1793 à 1795, il a porté le nom de département du Bec-d’Ambès en raison des vicissitudes politiques du début de la Première République. ↩︎
  36. Ouvert en 1774, le cimetière de la Bouteillerie fait partie des cimetières historiques de la ville. Situé en plein centre-ville, voisin du Jardin des Plantes. ↩︎
  37. Avessac est une commune de l’Ouest de la France, située dans le département de la Loire-Atlantique, en région Pays de la Loire. ↩︎
  38. La fortification de l’îlet Ramiers s’inscrit dans cette histoire militaire martiniquaise. D’une simple batterie présente jusqu’en 1728, un projet de création d’une fortification est repensée à partir de 1746 mais il ne sera que partiellement réalisé. En effet, l’équipement du fort devient rapidement dépassé par l’évolution très rapide de l’artillerie. Contrairement à de nombreux édifices militaires qui furent abandonnés au cours de la décennie 1870, le fort de l’Ilet à Ramiers conserva son importance stratégique et fut encore en activité au cours de la seconde guerre mondiale. ↩︎

Cet article a 17 commentaires

  1. Pascale Boquien

    Merci Magali. C’est plus clair maintenant dans mon esprit cette histoire.

  2. lenaick

    grand merci…

  3. Noëline Visse

    Décidément, le château de Briord et ses propriétaires ne cessent de surprendre !
    Hâte de découvrir la prochaine histoire 😃

  4. Desmet

    Tres impressionnant ce récit et tellement bien écrit . Pas le temps de tout lire mais dès que possible je finirait cette rocambolesque histoire passionnant ! Bravo a la rédactrice Magalie

  5. MABILEAU

    C’est toujours aussi plaisant de lire tes enquetes Magalie. Apres Emma Louise,Jean Bouchard et Pelet de Lautrec Quel sera le prochain personnage de Briord à avoir les honneurs de tes recherches????
    Merci

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